Les jardins partagés, des espaces en forte demande

Lieux d’échange entre les générations et de contact avec la nature, les jardins partagés n’en finissent pas de séduire les Français. De plus en plus de collectivités, conscientes de leurs bienfaits, aménagent ces lieux de vie qui peuvent transformer un quartier.

Depuis une vingtaine d’années, les jardins partagés montent en puissance. Néanmoins, cette pratique trouve son origine dans les années 1900, quand l’État cédait des pans de terre pour permettre aux familles les plus modestes de se nourrir à moindre coût. Un siècle plus tard, c’est surtout la volonté de cultiver ses propres légumes sans produits chimiques qui pousse les familles à louer une parcelle. En France, les villes les plus vertes accueillent chacune en moyenne 20 jardins partagés1, gérés par la mairie ou des associations. Ce phénomène traduit certes un réel besoin de nature et de bien-être des citadins, mais aussi la volonté des collectivités de donner un nouveau souffle à certains territoires.

Créer un « amortisseur social »
Dans l’Hexagone, les jardins collectifs essaiment à l’initiative des individus comme des collectivités. Si les jardins partagés sont souvent ludiques et pédagogiques, les jardins dits familiaux mis en place par ces dernières ont une vocation plus sociale avec des populations généralement modestes, de toutes originales sociales et ethniques confondues2. Car outre les bienfaits apportés en termes de bien-être et de solidarité, ces espaces peuvent même réguler des relations tendues entre les habitants d’un même quartier. C’est le cas à Perpignan, où « les jardins familiaux Blaise-Pascal ont agi comme un « réel amortisseur social », permettant d’apaiser les tensions entre la zone pavillonnaire et les résidences HLM du quartier, où se produisaient de nombreuses incivilités », témoigne Patrice Lafargue, le directeur des études et travaux de l’espace public de la ville de Perpignan à l’origine de cet aménagement. Les quelques 14 parcelles des jardins familiaux sont dorénavant bien entretenues, dans un climat apaisé. « Ce lieu de vie intergénérationnel où domine le végétal relie désormais les enfants qui sortent de l’école aux personnes plus âgées qui s’occupent des jardins », se réjouit encore Patrice Lafargue. Cet aspect intergénérationnel s’observe aussi dans la plaine du Maharin à Anglet, les jardins ayant été aménagés à proximité d’un EHPAD et d’une école. Pour Jacques Veunac, la diversité sociale est en effet une priorité : « Les jardins doivent être en lien direct avec le quartier et ses différents habitants pour qu’ils le fassent vivre. »

Garantir un aménagement sûr et pérenne
De tels endroits de partage intergénérationnel sont rares en ville, d’où l’importance de les protéger en limitant les dérives. À Anglet par exemple, la marchandisation des légumes et des fruits issues du jardin est proscrite. À Perpignan, il s’agit surtout de veiller à l’harmonie et à la préservation de l’identité du site.  « Nous surveillons les matériaux rapportés qui n’y ont pas leur place – palissades, barrage métallique, planche de coffrage  et qui viendraient fermer et cloisonner les parcelles des jardins », détaille Patrice Lafargue. Selon Jacques Veunac, une telle surveillance doit cependant être modérée, pour ne pas « abîmer le caractère naturel des choses ni le travail de chacun ». Pour garantir la sécurité des utilisateurs, c’est le plus souvent les équipes des villes qui assurent la gestion et l’entretien des sites. Des aspects qu’il est important d’anticiper, en s’entourant de professionnels du paysage en amont des projets.  « Aux élus souhaitant installer des jardins familiaux dans leurs communes, je conseille la constitution d’une équipe de travail à l’écoute, regroupant sachants, concepteurs et gestionnaires », souligne Patrice Lafargue qui va cette année poursuivre l’extension des jardins familiaux du quartier des Mailloles à Perpignan. « L’objectif est de concevoir un aménagement ambitieux, concerté à l’échelle d’un quartier et pérenne dans le temps pour le plus grand confort des habitants et des usagers des lieux. » Pour cela, « faire appel à une association est nécessaire, ajoute Jacques Veunac, car la gestion des jardins partagés est une réelle organisation ».

Prévoir une longue liste d’attente
En Île-de-France, c’est l’Agence régionale de la biodiversité qui gère directement pour ses partenaires – collectivités locales et bailleurs sociaux – plus de 3 500 parcelles de jardins sur 85 sites. Des chiffres en croissance, car ces espaces sont partout de plus en plus convoités. 
À Anglet, face à la forte demande, certaines familles acceptent même de partager leur parcelle avec une autre. À Fontainebleau-Avon (Seine-et-Marne), les trois jardins familiaux, tout juste centenaires, sont également victimes de leur succès. « Nous avons plus de jeunes en famille qui reviennent vers la terre », constate Patrick Julien, le trésorier de l’association gérante. La liste d’attente pour les 152 parcelles ne cessant d’augmenter, il recommande fortement de « s’armer de patience »3.

Pour en savoir plus : Étude exploratoire de l’impact des jardins partagés sur la « cohésion sociale »

Source: citeverte.com

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