Exposition / La beauté d’une ville

Le Pavillon de l’Arsenal à Paris sublime les transformations et controverses qui entourent l’architecture parisienne dans une exposition « La beauté d’une ville », du 27 mai au 26 septembre. L’exposition interroge, au travers de sept thèmes, l’esthétique de la ville d’hier et d’aujourd’hui, bouleversée par la volonté de la municipalité de s’adapter aux enjeux climatiques et à la crise sanitaire. Paysagisme, urbanisme ou encore écologie sont questionnés à travers les siècles.

 

Qu’est-ce qui fait la beauté d’une ville ? Son site, sa morphologie, ses bâtiments, ses jardins, ses matières, ses sols ? Ses habitants, ses fragilités, son hospitalité, ses milieux, sa mesure ? Comment se définit, en fonction des projets et des contraintes de chaque siècle, l’ esthétique urbaine ? Quelles formes pour opérer la transition climatique ?

À l’heure où la municipalité interroge l’ esthétique de la capitale par la création d’un manifeste, où l’administration élabore un nouveau règlement urbain, mais aussi où les Parisiennes et les Parisiens affirment leur volonté de participer à ces débats, le Pavillon de l’Arsenal réunit, depuis le début du deuxième confinement à l’automne 2020, une cinquantaine d’architectes, artistes, commissaires d’exposition, historiennes et historiens, paysagistes, philosophes, sociologues, urbanistes… pour tenter d’appréhender ce qui fait la beauté de Paris.

Les grandes controverses

Leurs analyses, rassemblées dans l’ouvrage co-édité avec Wildproject, se croisent, se répondent et éclairent les grandes controverses qui ont rythmé la fabrication de Paris depuis les prémices des disciplines urbaines. Les prises de position emblématiques de Voltaire en faveur des embellissements (1749), de Rousseau dénonçant « des rues sales et puantes, de vilaines maisons noires », de Victor Hugo face aux démolisseurs (1832), d’Émile Zola ou Jules Ferry à l’encontre des travaux du préfet Haussmann (1867-1872) ou des artistes le 14 février 1887 contre l’érection de la tour Eiffel… ou plus proches, les prises de position contre la transformation des Halles (dès 1959), des voies rapides (1972), l’édification d’immeubles tours (en particulier à partir de 1974), la place de l’art ou de la nature, l’espace des nouvelles mobilités, l’intégration des nouvelles technologies et ses appendices ou l’appropriation des trottoirs… chacune révèle l’engouement constant et singulier de toutes et tous pour débattre de l’avenir de la ville et le caractère protéiforme de la beauté.
La beauté englobe tout un ensemble de visions, de règles, de techniques constructives et de pratiques quotidiennes en évolution constante, que l’exposition propose d’explorer, guidée par la voix de nos experts, au travers sept thèmes : originellement le site, à Paris la Seine, creuset des embellissements et du débat populaire sur la transformation de la cité ; la morphologie, équilibre entre composition urbaine et tissu pittoresque, entre vieux et nouveau Paris ; le paysage du piéton qui fabrique notre quotidien, du trottoir aux squares, de l’affichage à l’art, des rues aux espaces partagés ; quatrième dimension, les architectures, leurs échelles suivant les règlements successifs, ou encore la diversité des couleurs et des matières qui donne leur valeur composite aux façades parisiennes ; l’ expression construite des externalités que l’ on ne veut pas voir mais qui rendent la vie possible ; la place du vivant, à redéfinir à l’ aune de la crise environnementale ; enfin l’ hospitalité, qui traduit la capacité de la ville à accueillir, protéger mais aussi à laisser la possibilité à toutes et tous de s’ y reconnaître.

Autant de questions et d’histoires qui invitent les visiteurs à parcourir Paris depuis le XVIIIe siècle, un pied dans l’histoire l’autre engagé sur les chemins de la transition écologique, pour continuer à débattre au fil d’un un parcours scénographique rythmé par une centaine de documents historiques, de plans, de photographies, d’entretiens vidéos réalisés par Océane Ragoucy et d’un montage inédit de références cinématographiques sur le piéton de Paris proposé par Stefan Cornic et Stéphane Demoustier.

Le jardin climatique

L’exposition s’enroule autour d’une prairie éphémère conçue par les paysagistes de Wagon Landscaping. Cette installation temporaire a une double ambition : présenter les nombreuses espèces végétales de la tradition horticole des jardins parisiens d’hier, d’aujourd’hui et de demain dans toutes leurs variétés, mais également apporter aménité et fraîcheur dans le Pavillon de l’Arsenal.

Actuellement se déploie un débat entre les acteurs du paysage, les écologues, les urbanistes à propos de la stratégie des plantes à favoriser dans le contexte de réchauffement climatique et de la chute brutale de la biodiversité. Pour caricaturer grandement, entre les tenants de l’endémique à tout prix et ceux favorables à l’ornemental, ou encore au local ou à la « plante vagabonde ». Le mélange assumé de ce jardin de plantes ornementales, régionales, méditerranéennes pose une question simple : n’est-il pas temps d’offrir toutes les chances de résilience au végétal en ville en favorisant une mixité des essences ? Sans oublier les plantes régionales, hôtes de la faune locale, ni les plantes les plus aptes à supporter les conditions extrêmes du climat de la ville de demain – souvent des espèces vagabondes…

Le jardin – sorte de voyage dans le temps des plantes d’hier, d’aujourd’hui et de demain – présente un échantillon de la diversité de la palette végétale qui a fait l’identité de la ville de Paris. Il explore les ressources possibles de ce qui pourrait constituer son avenir, en s’inspirant des plantes exotiques ornementales traditionnelles et des espèces, plantées ou spontanées, qui s’adaptent naturellement à l’évolution du climat parisien.

Le jardin s’organise autour de quatre collections principales de plantes :
* les traditionnelles du savoir-faire ornemental que l’on trouve dans les parcs depuis le XIXe siècle : des plantes du monde entier, souvent exotiques, à la vie raccourcie par nos hivers rigoureux, utilisées dans les massifs plantés des squares et parcs parisiens ;
* les accueillantes de la biodiversité : des plantes souvent mellifères, qui participent à l’équilibre des biotopes des insectes et de la petite faune de la ville contemporaine ;
* les compagnes de la transition climatique : des plantes issues d’autres climats (méditerranéen pour l’essentiel), apparues de manière spontanée ou plantées et qui s’adaptent particulièrement bien au changement climatique ;
* les adaptées des sols urbains de Paris : des vivaces dures à cuire, de grandes vagabondes qui expriment la richesse des sols pauvres et drainants de la ville, et qui sont peu gourmandes en eau et en entretien.

Une fois par mois, les paysagistes jardiniers, qui ont conçu la prairie éphémère installée au coeur de l’exposition, vous donnent rendez-vous pour vous présenter cette composition inédite de plus de 60 plantes dont la diversité a fait l’identité de Paris. Cette prairie explore les ressources possibles de ce qui pourrait constituer l’avenir de la palette végétale parisienne, en s’inspirant des plantes ornementales traditionnelles ou exotiques et des espèces, plantées ou spontanées, qui s’adaptent actuellement à l’évolution du climat parisien.

A télécharger: La prairie éphémère

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