Bulbes à fleurs et changement climatique

Au cours de l’été 2019, nous avons (une fois de plus) été confrontés à des conditions météorologiques extrêmes. Pour la première fois dans l’histoire, le mercure a atteint des températures supérieures à 40 °C. Et à en croire les experts, il ne s’agira pas d’une situation exceptionnelle : il faut en effet s’attendre à des étés plus longs et plus chauds avec des périodes de sécheresse étendues, suivies d’averses extrêmes, au cours desquelles le sol devra absorber des précipitations abondantes en peu de temps. Le changement climatique a de nombreuses conséquences, notamment sur l’éventail de plantes à utiliser. Dans cette partie, je me concentrerai sur les bulbes xérorésistants.

Qu’entend-on par « xérorésistance » ?

CG Concept Magazine, Annual 2021: Bloembollen en klimaatverandering. Voorbeelden van droogteresistente bloembollen.
© Beth Chatto, The Dry Garden

En 1978, l’obtentrice et créatrice de jardins Beth Chatto, décédée en 2008, a publié un livre captivant intitulé « The Dry Garden ». Avec son mari, elle a créé ses célèbres jardins dans l’Essex (Royaume-Uni) à partir des années 1960. Au début des années 1990, le couple a entamé la partie la plus connue du célèbre Gravel Garden ( jardin sur graviers), un ancien parking en revêtement semi-dur sur lequel Beth et son mari ont expérimenté les plantes xérorésistantes. Le sol existant a été désherbé et préparé pour la plantation. Ensuite, les grands parterres de forme organique ont été plantés. Les plantes ont été recouvertes d’une couche de protection en gravier (grind) qui limite l’évaporation et prévient la prolifération des mauvaises herbes. Parallèlement, cette couche donne une image attrayante et naturelle de parterres et de sentiers qui semblent se jeter les uns dans les autres, tandis que les plantes semblent s’être semées librement dans le gravier.

Le principe même de « The Dry Garden » est qu’on n’irrigue pas. Tout au plus arrose-t-on au cours des six premiers mois suivant la plantation jusqu’au moment où les plantes commencent à pousser. Après cela, elles devront se débrouiller. En ce sens, les plantes xérorésistantes, qui n’ont pas besoin d’irrigation (artificielle), conviennent parfaitement pour faire face aux périodes de sécheresse de plus en plus longues et à la diminution des réserves d’eau souterraine.

Bien que tous les scénarios climatiques montrent une augmentation moyenne des températures hivernales, en Belgique, les plantes doivent encore pouvoir résister au gel qui peut créer de gros dégâts sur de nombreuses plantes xérophiles, surtout s’il est combiné avec un temps humide. Compte tenu de nos hivers souvent humides, les végétaux d’origine méditerranéenne requièrent certains soins pour être utilisés chez nous, notamment un drainage important.

Xérophile, xérotolérant ou xérorésistant ?

Ces termes sont généralement utilisés comme synonymes, mais à tort, car en réalité, ils ont chacun leur propre signification. Une plante est dite xérotolérante si elle tolère la sécheresse, mais a quand même besoin d’eau de temps en temps. Elle est xérorésistante si elle peut survivre sans eau pendant une longue période, mais a néanmoins besoin de pluies occasionnelles et d’eau souterraine. Enfin, si elle peut vivre pratiquement sans eau, une plante est dite xérophile. C’est le cas notamment de l’ail domestique (Sempervirens) ou des cactus.

Les plantes bulbeuses sont-elles xérorésistantes ?

Pour cette raison, nous devrons tenir compte des habitats d’origine des plantes bulbeuses. Plusieurs d’entre elles, originaires de contrées lointaines au climat continental rigoureux telles que la Turquie et l’Asie centrale, où il fait chaud en été et très froid en hiver, sont assez xérorésistantes. Pour résister à la chaleur, la partie souterraine de la tige se transforme en bulbe ou tubercule dans lequel la plante se réfugie en été pour en ressortir au printemps après avoir formé un bourgeon interne. Les cultivateurs de bulbes à fleurs reproduisent ce climat en stockant de nombreux bulbes dans des cellules chauffées pendant l’été.

Tous les bulbes à fleurs ne résistent donc pas de la même façon à la sécheresse, mais les variétés qui proviennent du climat continental s’adaptent très bien aux endroits de plus en plus chauds et secs qui caractérisent notre climat changeant, à condition que le drainage soit optimal : en effet, ces bulbes ne supportent pas les hivers humides combinés au gel. Les endroits appropriés sont, par exemple, les parterres de fleurs secs le long d’un mur, une rocaille à l’ancienne, un jardin-prairie sur lave, mais aussi des jardinières (de grands formats), des jardins d’écoles qui ne sont pas irrigués en été, les jardins de façade et même les toitures végétalisées. Dans l’espace public, on peut également imaginer de nombreux endroits appropriés, tels que des jardins sur les toits des parkings (garages), des jardins de façade et des jardinières.

Beth Chatto a également appliqué une variété de bulbes à fleurs dans son jardin de graviers. Je vous présente ci-dessous les principales variétés et cultivars qui s’y sentent à l’aise en pleine sécheresse.

CG Concept Magazine, Annual 2021: Bloembollen en klimaatverandering. Voorbeelden van droogteresistente bloembollen.
© Carien van Boxtel, créatrice de jardins et de paysages/experte en plantations auprès de JUBHolland

Tulipes botaniques

Alors que les tulipes hybrides à longues tiges demandent une quantité raisonnable d’eau, les variétés botaniques, qui sont nettement plus proches de leurs espèces d’origine, résistent beaucoup mieux à la sécheresse. Elles poussent naturellement dans des habitats rocheux et arides, notamment en Grèce et en Crète, où les étés sont chauds et les hivers froids. Parmi les espèces faciles à cultiver, citons :

  • Tulipa saxatilis
  • Tulipa turkestanica
  • Tulipa linifolia
  • Tulipa batalinii
  • Tulipa schrenkii
  • Tulipa acuminata

Ails d’ornement

Les ails d’ornement comptent parmi les plantes à bulbe favorites dans le jardin de graviers de Beth Chatto. De nombreuses variétés d’ails d’ornement aiment avoir les pieds au sec. Il y a un Allium pour tous les goûts : haut et architectural, bas et modeste. Ce sont également d’excellentes plantes apicoles, car la fleur globuleuse est très riche en nectar et pollen.

  • Allium christophii : ail étoilé. Fleur étoilée en grande ombelle aérée, composée d’une centaine de petites étoiles d’un beau violet métallisé ;
  • Allium atropurpureum : ail pourpre. Variété ornementale, séduisante par ses fleurs en ombelles rouge pourpre à reflets noirs sur longue tige, dégageant un parfum doux. L’hybride Miami arbore de magnifiques reflets aubergine ;
  • Allium hollandicum ‘Purple Sensation’ : ail hollandais. Le plus célèbre des ails d’ornement. Il se distingue par sa boule de taille moyenne mauve et violet qui peut s’épanouir tant au soleil que dans des endroits mi-ombragés ;
  • Allium karataviense : ail du Turkestan. Cet ail se caractérise par sa grosse boule surmontant une courte tige avec de larges feuilles et des fleurs spéciales rosebeige. Il est idéal dans un jardin de graviers ;
  • Allium sphaerocephalon : ail à tête ronde, caractérisé par ses incroyables fleurs ovoïdes couleur vin qui se dressent élégamment sur leur fine tige. Cet ail fleurit également en juin et juillet ;
  • Allium azureum et A. caesium : beautés bleu ciel originaires des déserts et des plaines de haute montagne d’Asie centrale ;
  • Allium moly : ail doré. Variété jaune bien connue, joyeuse et facile à semer.

Iphéion

Il s’agit de la plus sauvage des plantes à bulbe, caractérisée par ses belles fleurs ouvertes en forme d’étoile et sa très longue période de floraison. C’est surtout dans les endroits très secs, tels que dans les graviers, contre les façades et les murs et entre les joints, que cette étoile de printemps prospère. Il n’est pas rare qu’un endroit bien choisi soit récompensé par une seconde floraison en automne et que l’iphéion s’autoreproduise par ensemencement. Il supporte moins bien la concurrence des autres plantes. Les variétés communes sont les suivantes :

  • Ipheion uniflorum ‘Alberto Castillo’ (blanc avec des veines foncées),
  • Ipheion uniflorum ‘Wisley Blue’ (bleu ciel) et
  • Ipheion uniflorum ‘Tessa’ (rose lilas).
CG Concept Magazine, Annual 2021: Bloembollen en klimaatverandering. Voorbeelden van droogteresistente bloembollen.
© Carien van Boxtel, créatrice de jardins et de paysages/experte en plantations auprès de JUBHolland

Iris réticulé (Caucase et Palestine) et iris histrioïde (Turquie)

Le petit iris à l’ancienne, à floraison précoce, gagne souvent la compétition face au perce-neige. Il fleurit plus tôt, surtout par temps ensoleillé. Il existe sur le marché de nombreux cultivars qui sont tous de véritables joyaux. À l’origine, il était surtout populaire auprès des rocailleurs, mais on le voit de plus en plus planté sur les toits, car il peut très bien supporter les conditions qui y règnent. Ils aiment les étés secs et chauds dans un endroit bien drainé et ensoleillé.

  • Iris ‘Katharine Hodgkin’ : un bijou aux grandes fleurs bleu ciel au motif blanc lavé veiné bleu, taché de jaune miel. La fleur est assez grande ;
  • Iris ‘Katherine’s Gold’ : iris jaune crème à jaune doré, très spécial et raffiné ;
  • Iris reticulata ‘Pauline’ : iris de couleur bordeaux avec des pétales étonnamment étroits et une belle couronne jaune-or ;
  • Iris reticulata ‘Harmony’ : iris violet avec un dessin jaune doré ;
  • Iris reticulata ‘Alida’ : cultivar récent, violacé à fleurs assez grandes et frappantes ;
  • Iris reticulata ‘Spot On’ : un gadget pour les amoureux, mais heureusement cultivé en grand nombre aux Pays-Bas, en particulier l’iris violet aubergine foncé aux extrémités violet grisâtre et aux sépales d’un violet légèrement plus clair ;
  • Iris reticulata ‘Natascha’ : iris élégant d’un blanc pur.

Érémurus ou quenouilles de Cléopâtre

Un rêve de plante pour les amateurs de jardins et les créateurs de jardins ! Et un géant en plus ! En effet, l’érémurus, en forme de bougie, peut atteindre 1,50 m de haut. Le nom « érémurus » vient du grec eremos (désert, solitaire) et oura (queue). Les sites de prédilection naturels de cette plante sont les versants de montagne rocailleurs, secs et fortement pâturés, de l’est de la Turquie jusqu’à l’Himalaya. On en trouve également des variétés en Chine. L’érémurus se plante à faible profondeur : il suffit de recouvrir son tubercule de trois centimètres de terre. L’érémurus préfère un sol sableux bien drainé et riche en nutriments, au soleil. En hiver, il doit être couvert.

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© Carien van Boxtel, créatrice de jardins et de paysages/experte en plantations auprès de JUBHolland

Narcisse

Les narcisses — ou jonquilles — ne résistent pas tous à la sécheresse. En réalité, la plupart d’entre elles aiment un sol humide, mais certaines espèces, comme la Jonquilla (originaire d’Espagne et du Portugal), la Tazetta (présente du Portugal jusqu’en Turquie) et la plupart des variétés miniatures, résistent très bien à la sécheresse. Voici quelques exemples de variétés xérorésistantes :

  • Narcissus ‘Hawera’ : obtenue par le croisement, en 1928, d’une jonquille et d’un triandrus. Jonquille très appréciée offrant plusieurs fleurs jaune citron sur une tige de 25 cm de haut ; floraison tardive (avril/mai), beau feuillage finement grainé ;
  • Narcissus ‘Babymoon’ : jonquille parfumée se distinguant par sa mini-fleur jaune vif qui vous regarde ;
  • Narcissus ‘Curlew’ : calice blanc ivoire de belle forme avec plusieurs tiges par bulbe ;
  • Narcissus ‘Sabrosa’ : jonquille miniature jaune tendre, richement fleurie et parfumée, issue du croisement N. jonquilla x N. rupicola subsp. watieri. Floraison hâtive, mais longue. Hauteur de 15 cm maximum ;
  • Narcissus ‘More and More‘ : la plus petite et la plus fine de toutes les jonquilles, à floraison abondante. De couleur jaune vif, cette fleur a attiré tous les regards à Keukenhof ;
  • Narcissus ‘Sailboat’ : jonquille à la corolle blanche et à la couronne jaune crème. Fleurs très longues et parfumées, appréciées des peintres. Les jonquilles blanches sont toujours très populaires ;
  • Narcissus ‘Geranium’ : belle jonquille blanche à longue tige et à couronne orange chaud ; joliment parfumée et parfaite comme fleur coupée.

Iphéion ou étoile du printemps

Petite plante sauvage qui fleurit en mai avec des fleurs en forme d’étoile de couleur blanche, rose ou bleue xérorésistante, capable de se reproduire par ensemencement. Elle se sent particulièrement à l’aise sur les toitures et dans les graviers ou entre les joints. Elle n’aime pas trop la concurrence des autres plantes. Les variétés communes sont les suivantes :

  • Ipheion uniflorum ‘Alberto Castillo’ (blanc avec des veines foncées),
  • Ipheion uniflorum ‘Wisley Blue’ (bleu ciel),
  • Ipheion uniflorum ‘Tessa’ (rose lilas).

Le choix de plantes bulbeuses est donc vaste. La plupart de ces variétés sont en outre « vivaces ». Autrement dit, elles reviennent et prolifèrent chaque année, surtout quand elles se sentent bien à l’endroit où elles sont plantées. En bref, le réchauffement climatique, caractérisé par un temps plus chaud et plus sec, est propice à la production d’un assortiment extraordinairement beau de bulbes de fleurs qui seront disponibles en abondance cet automne.

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Texte : Carien van Boxtel, créatrice de jardins et de paysages/experte en plantations auprès de JUBHolland

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